Le dernier alignement

Le dernier alignement

 

Le temps promène sur la lande.                    

A courre il chasse en son grand vent

L’homme ses brebis et les ans.

Silence il passe qu’on l’entende

Il combat non loin de Guérande

La tribu du Chien aux enfants

Qui ronge le sol et quémande.

Le temps est venu de la peine,

Un souffle noir s’étend sur Gwen.                                  

 

Avant Christ par moins trois mille ans                                  

La terre nue paraît sereine

Le mulet porte engrain et sacs,

Déjà sous le vent de Guérande

De blancs paluds remplis de pénitents

Tirent de la boue des bandes d’argent.

A voix, du côté de Carnac

On tire à corde que l’on tende.

Entre deux bois c’est une ligne

De pierres et puis douze et puis cent

Qu’on voit descendre à l’océan.

Dans l’or du blé gris ce long signe

Mène vers les dieux et le temps.

 

Vil hiver. La vie la vieille a passé.

Pour elle on a taillé les schistes parmes,

En un coffre un cippe de larmes.

Placée au talus de l’allée                           

Elle nous regarde attendant l’assemblée,

Elle sèche en même temps que nos charmes.

Aux premiers rayons sur les prés

Nous irons la porter en bande

Au soir de la Grande Ouverture

Des aïeux réunis à l’offrande.

La tombe est un mont sur la lande

Ignorant d’où lui vient la verdure.

 

Les cris et les chants résonnent au Menez

Au dolmen c’est la Grande Couverture :

Les hommes et les femmes se font lents

Poussant tirant geignant en des han! de géants.

Ils montent sous le vent gris un bloc de falaise

Menant douze et vingt bœufs à faire mille tonnes                  40 vers

Le hissant quatre jours durant pour faire un dol     

Jusque le voir à nuit enfin s’allonger mol

Et couvrir les aïeux resecs mis à mourir.

Dans la paix sans fin de ce soir

C’est un chant long de gloire que mille voix entonnent.      

Les hommes à vivre se serrent à leurs pères

Et préfèrent les plis du temps à ceux de la mer.

 

Mais le temps étourdi à l’oubli se souvient

De l’arrogante tribu, de son Chien.

Aussitôt qu’à l’issue de la fête des tombes

Il en voit les enfants revenir à leur monde

Joyeux et marchant en longs rangs,

Chantant dans les creux et soignant

Leur futur en de beaux alignements

Il fond sur eux en mauvais vent

Et les fauche et les couche en l’instant

Certains résistent et se relèvent

Le Temps sur le champ les fait bois.

Puis, les nappant de l’Oubli, les fait pierre

Il les laisse implorants alignés vers la mer                             60 vers

A genoux et figés dans la lande d’Hier.

Du côté de Guérande ou peut-être de Carnac

Il abaisse insolent bien des Eves sans roi

Et les fixe à la terre en mil pierres blessées

A devenir la légende de nos rêves sans voix.

 

La pluie du temps promène sur la lande

Un vent géant qui s’essouffle impuissant      

A vouloir allonger tant de pierres dressées.                           68 vers

 

                     Marvejols         

 

 

 

(à Serge Cassen, archéologue de l’insondable)

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