Hommage à l'archéologue P-Jean TROMBETTA

 C'est volontiers que je fais ici et avec son accord place à l'hommage rendu par un montpelliérain à l'archéologue Pierre-Jean TROMBETTA, ancien directeur des fouilles du Louvre (1984-1987).

 

Le décès de Pierre-Jean ce 28 Septembre  2013 me prend par surprise et m’atteint.

 

 Pierre-Jean.

                   J’ai rencontré un jour l’archéologie, au cœur des libres années 70, en la personne d’une sorte de Zeus ou de Poséidon jovial et haut, dont le prénom était déjà un curieux assemblage et dont le nom mêlait Dante et la plus belle patrie de l’Antiquité.

                  Je ne sais plus très bien où j’ai connu Pierre-Jean, si ce fut à partir de 1976 dans les réunions d’archéologues marxistes, où j’entrais en possession du polycop de l’UNEF archéologie, ou lors des visites des fouilles de St. Pierre Lentin ou de Maubuisson. C’est à l’occasion de ces chantiers, exemples pour notre naissante archéologie urbaine de Chartres, que je connus Marif, Dominique Petit -prématurément disparu au début des années 90- Olivier Ruffier des Aymes, Bruno Bizot, Jorge Barrera et d’autres. Parmi les pelleteuses vrombissantes, lui dans un puits gallo-romain, moi devant un autre (seulement quelques heures par semaine, j’étais alors enseignant) je l’avais peu vu Place de la République à Chartres en 1976-77 où il était venu prêter main forte à Dominique Joly.

                 Mais j’en distingue encore nettement la lumière lors des cours du soir qu’il donnait à Orléans avec J-Fr. Baratin dans les années 77-78. Je faisais alors 150 km dans ma vieille 4L et couchais dans les 9 m2 d’un ami étudiant géologue pour suivre un enseignement que Pierre-Jean dispensait un peu comme sous le portique, l’investissant de vie et d’anecdotes. Décisifs ces cours furent ma première Université (l’année suivante je devins étudiant à Tolbiac) et j’en ai conservé toutes les notes et croquis. Pierre-Jean y instruisait les bénévoles, jeunes et plus anciens, à une archéologie vaste et érudite. Charon et son obole nous ouvraient alors un monde. Aujourd’hui c’est pourtant bien une atmosphère d’enfer qui émane du Styx.

               Devant les univers d’objets et de signes ramenés à la vie par le cours de Pierre-Jean je m’émerveillais de l’antique (et presque du médiéval). Il faisait vivre devant nous les frères convers du XIIè siècle. Il aurait pu écrire à lui seul un Nom de la Rose érudit et croustillant et je crois qu’il l’a écrit sur nous.

                  Pierre-Jean avait un sens ludique et heureux de la transmission du savoir qui nous faisait tous sentir un peu ses fils. Je suis persuadé qu’il a souffert de la fin du Louvre, abandon de la part de lâches institutions et dissolution brutale d’une sorte de famille archéologique immortalisée sur une photo banale. Je ne suis pas sûr qu’ait suffi à l’apaiser l’idée que tout un futur de l’archéologie en France soit redevable à cette dissémination féconde (je partis travailler une maîtrise grâce à une bourse involontaire de l’ANPE, celle-ci diminuant je connus les boues alto-médiévales de Disneyland qui me conduisirent au concours de conservateur).

                  Je me souviens en revanche que Pierre-Jean nous laissait appeler « Helmut » le squelette découvert dans la fosse mérovingienne de la terre brune dans la zone de J-Fr. Chevrot. Je le revois, désemparé, devant la rudesse de l’hiver 84-85 qui en créant pendant un bon mois une sorte de permafrost au coeur de Paris avait blanchi une partie de l’élan et de l’enthousiasme "du Louvre". Pierre-Jean voyait alors de vaillants trompettes à leur poste gelés et vaciller parfois ses grognards comme en Russie. C’est que, tout au bonheur de son ascension, à la joie de voir de vieilles statues fleuries renversées et, malgré les doutes d’un Duby, un nouveau président faire le tour de la fouille, la jeune archéologie stratigraphique et montante n’envisageait pas alors que les cieux puissent lui être contraires (cette stupéfaction demeure). Mais je préfère entendre encore la bonne humeur avec laquelle, sans doute revenu de soirées de lectures, il venait sur les zones de cette fouille du Louvre nous raconter qui était l’hanséatique (je crois) Krauwinckel et ses jetons.

 

               Au-dessus de tous, une tête émergeait dans un rire, une haute figure qui avec naturel emmenait. Nombre d’entre nous perdent en Pierre-Jean un atlante et en ce jour notre monde vacille. Je ne sais pas de quoi Pierre-Jean est décédé, mais je suis sûr d’une chose c’est qu’il est mort d’avoir vécu.

 Il a émerveillé nos vies de sa mémoire millénaire des hommes. Puissent les hommes graver la vie de Pierre-Jean Trombetta dans la pierre des millénaires.

 

Alain Chartrain,

Conservateur en chef du patrimoine




Date de dernière mise à jour : 11/10/2013

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